
Quand la défense des mobilités actives rejoint la préservation du cadre de vie
Vélo Oise milite pour développer les mobilités actives sur notre territoire. Promotion de la pratique du vélo, auto-réparation, apprentissage du vélo, infrastructures et politique de déplacement… Tout notre combat quotidien se concentre habituellement sur le vélo et la marche.
Alors pourquoi nous sommes-nous joints à un collectif pour défendre la forêt de Chantilly ? À première vue, la gestion forestière semble éloignée de nos préoccupations de cyclistes. Et pourtant, ce combat est profondément cohérent avec nos valeurs.
La forêt : notre cadre de vie à vélo
Notre territoire est traversé par la forêt de Chantilly. Ses 1000 km de chemins forestiers constituent un formidable réseau de mobilité active : promeneur.ses, cyclistes, cavalier.es, joggeur.ses… De nombreux d’habitantes et amoureux de la forêt utilisent ces chemins chaque semaine pour leurs déplacements de loisirs ou utilitaires.
Ces chemins historiques – certains datent du Moyen-Âge – relient nos villages, offrent des raccourcis, permettent d’éviter les routes dangereuses. Ces chemins de traverse font partie intégrante de notre cadre de vie et de nos pratiques de mobilité.
C’est précisément pour cette raison que le Code forestier est explicite : pour les forêts aussi fréquentées que celle de Chantilly relevant du régime forestier, la préservation et l’amélioration du cadre de vie des populations constitue une priorité. L’accueil du public n’est pas une option, c’est une obligation légale.
Cependant, la révision du schéma d’accueil du public n’est pas considérée comme une priorité. Pire : sa mise en œuvre dépend des financements des collectivités. Sans une action forte pour contraindre l’Institut de France à respecter ses obligations légales, ni notre cadre de vie ni les mobilités actives sur notre territoire ne progresseront.
Un constat alarmant
Lorsque Orry en transition, Radioleo, Senlis en transition et Coye en transition nous ont sollicités pour participer à une enquête citoyenne sur la gestion durable de la forêt, nous avons découvert une situation qui dépasse largement nos préoccupations initiales.
Notre cadre de vie, la forêt de Chantilly, est menacée. Par le dérèglement climatique, mais aussi par son exploitation commerciale. De fait, bien que malade, la forêt doit continuer à générer des recettes, entre autres, pour financer la conservation du château de Chantilly. A la suite des coupes “sanitaires” massives depuis 2018, les recettes forestières ont triplé de 2019 (859 000 €) à 2022 (2,75 millions). Si en 2006, il y avait encore 35 gros et très gros arbres par hectare, il n’en reste aujourd’hui plus que 16 par hectare. L’Institut de France reconnaît : “Dans 10 ans, selon les aléas, il ne pourrait plus rester d’arbres de grande valeur pour financer le renouvellement de la forêt…” La forêt subit une transformation structurelle préoccupante. Elle risque de devenir savane arborée, car le renouvellement n’est pas assuré. Faute d’investissement dans le reboisement depuis des décennies, le petit bois est quasi inexistant, le moyen bois n’est pas assez nombreux pour prendre la relève du gros bois. De plus, 65% des plantations de chênes sont en échec et les semis sont généralement abondants mais disparaissent au bout de deux ou trois ans. Faute d’arbres matures, le pic mar, oiseau emblématique de cette zone Natura 2000, risque de disparaître de nos bois.

La fonction sociale de la forêt négligée
Face à ce constat, que fait l’Institut de France, propriétaire de la forêt de Chantilly pour conserver la forêt ? Si le capital forestier est épuisé dans 10 ans… quel est le plan B ? S’il existe un plan B, pourquoi attendre 10 ans pour le mettre en œuvre ? S’il n’existe pas de plan B, pourquoi ne pas sécuriser dès maintenant la conservation de la forêt pour les générations futures en stoppant les coupes d’arbres de grande valeur ?
Quant à la fonction sociale de la forêt, notre enquête révèle que l’Institut de France poursuit davantage une stratégie de découragement de la fréquentation qu’une organisation positive de l’accueil des publics.
Comme la forêt de Chantilly est sous régime forestier, la fréquentation devrait y être organisée comme dans les forêts publiques. Selon l’ONF « piétons, cyclistes, cavaliers et personnes à mobilité réduite doivent pouvoir circuler en forêt dans les meilleures conditions. Chacun trouve en forêt un environnement privilégié pour pratiquer son loisir favori. L’aménagement de circuits de randonnées, de pistes cyclables ou équestres répond au besoin de préserver les forêts, d’éviter les conflits d’usage et de garantir la sécurité du public. »
Or, actuellement dans la forêt de Chantilly, faute d’entretien la majorité des chemins sont inconfortables voire impraticables, à vélo ou à pied : ornières profondes, boue persistante, érosion progressive. Sans signalétique d’orientation, impossible de se repérer facilement dans le massif à pied ou à trouver les chemins praticables, non sablonneux, à vélo. Aucun dispositif ne permet aux personnes à mobilité réduite de jouir d’une balade dans la forêt.
Il existe un budget pour la réfection des chemins forestiers, mais uniquement les chemins utilisés par les grumiers. Ainsi tous les autres chemins servant aux mobilités actives pour rejoindre des villes voisines continueront à s’abîmer les dix prochaines années sans aucune remise en état.

Pourtant, promouvoir les mobilités actives, aussi dans la forêt de Chantilly, c’est contribuer à la préservation de celle-ci
Pourquoi ? Parce que réduire nos déplacements motorisés, c’est lutter contre la première menace de la forêt : le changement climatique. Celui-ci est causé directement par les émissions de gaz à effet de serre (GES), dont les transports sont le premier secteur émetteur en France.

Réduire l’usage de la voiture = protéger la forêt
C’est dans l’intérêt de l’Institut de France et cela s’inscrit dans le Plan Climat Air Energie territorial (PCAET). Tous les acteurs du territoire, y compris l’Institut de France, ont la responsabilité de contribuer à ces objectifs. Au-delà du climat, promouvoir les mobilités actives répond à un enjeu majeur de santé publique : sédentarité, qualité de l’air, bien-être mental, etc.
Des chemins bien entretenus, un investissement stratégique aux multiples bénéfices : économie, sécurité, attractivité, préservation de l’environnement forestier, oasis de ressourcement et de santé pour les citoyens, etc. Or, sans chemins de qualité, impossible de développer les mobilités actives.
Le dernier schéma d’accueil de la forêt de Chantilly a été élaboré en 2008, alors que l’ONF recommande une révision tous les 5 à 10 ans. Le nouvel aménagement forestier, un plan de gestion pour la période 2026-2035, prévoit enfin des travaux pour améliorer l’accueil des publics. L’Institut de France prévient cependant que, malgré des recettes record,il n’a pas les moyens pour mettre en place lui-même un schéma d’accueil. Il compte sur le concours des collectivités pour financer les futurs dispositifs d’accueil. En tout cas, toujours selon l’Institut de France, rien ne sera mis en œuvre avant mi-2027, quand les nouveaux élus auront pris leurs marques. Soit encore deux ans d’attente pour des chemins praticables à vélo.
Notre plaidoyer collectif
Ensemble, nous avons mené l’enquête. Pendant 4 mois, nous avons analysé tous les documents officiels, rencontré l’Institut de France et l’ONF, vérifié chaque chiffre. Le résultat : un plaidoyer de 107 pages basé sur des sources officielles vérifiables, qui documente les manquements et formule 13 demandes concrètes.
Notre demande principale : un moratoire sur les coupes d’arbres matures pour permettre à la forêt de se stabiliser face au dérèglement climatique et de reconstituer son capital.
Parmi les autres demandes, celles portées spécifiquement par Vélo Oise :
- Nous demandons que l’accueil du public devienne une priorité effective de l’Institut de France, conformément aux obligations du régime forestier. Nous aimerions que le patrimoine exceptionnel de la forêt de Chantilly bénéficie d’une valorisation à la hauteur de son excellence.
- Nous souhaitons que la promotion des mobilités actives devienne un atout supplémentaire pour la préservation de la forêt de Chantilly. Nous saluons l’engagement « Améliorer l’accueil du public : réviser et adapter les dispositifs d’accueil et de circulation sur le massif » du nouvel Aménagement forestier et demandons qu’il intègre pleinement la dimension des mobilités actives, en cohérence avec les enjeux climatiques et les besoins de déplacements durables du territoire. Moins de voitures, plus de vélos : c’est bon pour le climat, c’est bon pour la forêt, c’est bon pour les habitants.
5 associations, 1 combat
Nous avons adressé ce plaidoyer à l’Institut de France, aux 17 maires des communes riveraines, aux institutions (Préfecture, DREAL, Département, PNR) et à la presse.
Nous espérons que ce plaidoyer ouvrira une nouvelle dynamique en faveur de la conservation forestière, mais aussi des mobilités actives sur notre territoire.
Et vous, que pouvez-vous faire ?
- Vous informer
- Lisez notre plaidoyer, vérifiez nos sources, forgez-vous votre propre opinion.
- En parler autour de vous.
- La forêt de Chantilly nous concerne tous. Plus nous serons nombreux à poser des questions, plus les décideurs devront y répondre.
- Interpeller vos élu.es.
Les communes, le Département, le Parc Naturel Régional ont une voix légitime pour exiger transparence et conservation. - Nous rejoindre
Vous souhaitez vous impliquer dans notre action citoyenne ? Vous avez des compétences à partager ? Des idées ?


bravo pour cette initiative et cette mobilisation, il est temps que la nature ne soit plus une variable des intérêts financiers, mais un bien commun, le vivant dont nous sommes partie prenantee, par delà les intérêts des propriétaires.