
Cette communauté de communes rurale située tout à l’est de l’Aisne n’hésite pas à investir le sujet vélo pour construire un réseau d’aménagements et de services cyclables cohérent et ambitieux. Un engagement reconnu en novembre dernier, lorsqu’elle a obtenu un prix aux Talents du vélo 2024. Rencontre et visite avec sa chargée de mission mobilité.
Rayonnant un peu plus largement que d’habitude hors de
notre territoire historique du sud de l’Oise, je retrouve Aurélie Moreau à la gare de Laon, pour une journée de visite et d’échanges sur les projets de la communauté de communes Champagne Picarde (CCCP).
La chargée de mission mobilité de cette collectivité est arrivée à son poste en 2020. Enfant du pays, elle est attachée à ce territoire rural, à la frontière des Hauts-de-France avec les Ardennes, entre Laon et Reims. En quatre ans, les projets pullulent et avancent, chacun à leurs rythmes. « J’étais justement en train de revenir d’une communauté de communes voisine, car on se partage un vélo smoothie adulte. Le Pays de Thiérache en avait déjà un adulte et nous, on a un modèle enfant donc ça ne servait pas à grand-chose, vu nos besoins actuels, d’avoir chacun le sien. » Cette volonté de mutualiser au maximum se retrouve en filigranes dans la politique globale menée sur le territoire, doté de nombreux tiers-lieux et de ressources partagées
Inciter par l’expérimentation
Offrir d’autres solutions pour se déplacer au quotidien est caractéristique des premiers pas de la politique cyclable de la Champagne picarde. Pas évident d’y réfléchir en milieu rural, où le mythe de la voiture comme seule solution adaptée pour tous les déplacements est tenace. Pourtant, les expérimentations et projets menés sous l’impulsion d’Aurélie Moreau et des élu⋅es témoignent d’une toute autre réalité.


« La communauté de communes a acquis un vélo cargo pouvant transporter jusqu’à huit enfants », met en avant la chargée de mission. Ce vélo-cargo a été emprunté par l’institut médico-éducatif (IME) qui transportait habituellement les enfants présents à l’institut en minibus. Après un essai concluant durant les mois estivaux, l’IME décide d’investir dans un quadricycle qui servira autant à l’IME qu’à l’EHPAD. En effet, c’est un quadricycle « où la majorité des personnes doivent pédaler, mais il y a des places qu’on peut transformer pour que ça ne soit pas nécessaire », précise Aurélie Moreau. La CCCP accompagne alors la structure pour rechercher des financements et faire baisser au maximum le reste à charge pour l’IME.
Par ailleurs, la CCCP a également investi dans une flotte de vélos à assistance électrique (VAE) en tout genre, allant du VTT au vélo classique en passant par des triporteurs, mais aussi un tricycle, vélo adapté aux personnes ayant des troubles de l’équilibre ou des difficultés de coordination. Mis à disposition dans différents pôles (mairies & maisons France services) du territoire, les vélos connaissent un succès certain, notamment au retour des beaux jours. Et pour celles et ceux qui voudraient acheter un VAE, la collectivité propose une prime de 300 €.

Toucher divers publics
« La première fois que j’ai pris le métro à Paris, j’avais 30 ans », se souvient Aurélie Moreau lors de notre discussion. « Je n’ai pas envie que mes enfants et plus largement les enfants du territoire se
retrouvent dans le même cas de figure. Par chez nous, pour inciter les enfants à se déplacer autrement, il faut leur montrer dès le plus jeune âge qu’ils et elles ont des alternatives ». Cela se traduit concrètement dans la communauté de communes par une participation de la moitié des 22 écoles du territoire au challenge régional de l’écomobilité scolaire et l’organisation d’actions de pédibus et vélobus (trajet en groupe à pied ou à vélo vers l’école) qui rencontrent de plus en plus d’intérêt durant l’évènement. « Pour que cela prenne, il faut forcément s’impliquer et être présente sur le terrain, avec les personnes qui accompagnent », souligne la chargée de mission. La collectivité va également un cran plus loin en finançant le Savoir rouler à vélo (SRAV) au sein des écoles. Chaque élève qui entrera en 6ème à la rentrée 2025, sera diplômé⋅e du SRAV.
Chez nous, pour inciter les enfants à se déplacer autrement, il faut leur montrer dès le plus eune âge qu’ils et elles ont des alternatives.
Convaincre sur le terrain
Cet article est paru dans la Bicycl’Oise n° 24
Pouvoir emmener les ados de la Champagne picarde sur un réseau points-nœuds est d’autant plus
important que la communauté de communes prévoit la mise en place d’un tel réseau sur l’ensemble de son territoire. « Les élus des communes non desservies par la véloroute 34 sont demandeurs de boucles familiales et de loisirs, mais aussi de dessertes vers les différents services du territoire. On leur a donc proposé de travailler sur un réseau points-nœuds, notamment via l’étude des chemins ruraux existants ».
La véloroute 34, épine dorsale

La véloroute 34 constitue en effet l’épine dorsale des itinéraires cyclables imaginés par la collectivité depuis quatre ans. Impatiente de voir le projet bientôt se concrétiser par des travaux – qui seront lancés à l’automne 2026 – Aurélie Moreau présente le tracé retenu par les élu⋅es, passant majoritairement par les centres-bourgs et communes et proche des points d’intérêt comme les établissements scolaires et les zones pourvues en commerces, au lieu d’un tracé rectiligne et plus éloigné, le long du canal latéral à l’Aisne. La question du revêtement de la véloroute est également cruciale pour ne pas de se priver d’un cofinancement appréciable. « Ici le choix fait par les élus de privilégier un enrobé clair découle de mes retours d’expérience personnels comme cycliste sur différentes véloroutes. La chaleur retenue par un enrobé classique en été peut vite devenir insupportable et dissuasive et les autres revêtements (notamment le stabilisé, ndlr) ne sont pas adaptés pour inciter à des déplacements du quotidien ». L’implication et l’application d’Aurélie Moreau, comme de la CCCP et ses services, pour construire une politique favorable aux mobilités actives montrent que celle-ci trouve toute sa place et sa pertinence en milieu rural et « valorise le territoire » comme le souligne le prix décerné par le Club des villes et territoires cyclables et marchables à la collectivité lors des Talents du vélo 2024.
