
Eric Proffit a 50 ans, deux enfants de 10 et 12 ans, et un quotidien rythmé par le vélo. Gamin, il pédalait à travers son village pour aller voir ses copains. Adulte, lorsqu’il travaille à Dublin pendant cinq ans, le vélo devient son principal moyen de transport. Pratique, avec la douche au bureau pour éviter les déconvenues après l’effort !
Revenu en France, il s’installe à Chantilly, à proximité de son travail, et (veinard !) peut s’y rendre à pied. Mais la vie de famille évolue, et avec elle, un déménagement à Apremont. Le vélo cède alors la place à la voiture pour rejoindre le bureau !
Pourtant, après le COVID, Éric revoit ses habitudes et reprend le vélo pour aller travailler. Une démarche d’abord écologique (rappelez-vous, le fameux « monde d’après »), puis sportive. Il commence en VTT, galère avec un sac à dos, puis passe dans la team sacoches (plus pratique pour transporter ordi et tenue de rechange) et trouve un VAE car la côte entre Vineuil et Chantilly ne pardonne pas ! Mais grâce à l’assistance électrique il garde le contrôle et arrive sans suer. Pour le reste du trajet, il coupe l’assistance et pédale.
L’itinéraire varie selon la saison
L’hiver, lorsqu’il fait nuit, Éric privilégie la route : Apremont, Vineuil, Notre-Dame, le Champ de Course, l’avenue du Général Leclerc. L’été, lorsque les jours sont plus longs, il passe par la forêt et le golf. Entre Vineuil et Chantilly, c’est le principal point noir. Dans un sens comme dans l’autre, la montée est un passage critique : les automobilistes y sont pressés et ne ralentissent pas ! Un autre itinéraire est possible via les Bourgognes, mais c’est plus long, il n’y a pas d’enrobé, et ce n’est pas éclairé. Il l’emprunte malgré tout une fois par semaine en revenant de l’escrime. D’ailleurs entre Vineuil et Apremont, ce n’est pas non plus éclairé, ce qui impose un bon équipement pour rester visible : Éric a tout ce qu’il faut pour cela.
Grâce au vélotaf, il prend le pain en passant Pratique, pas besoin de tourner en rond pour se garer ! et il fait parfois quelques courses d’appoint. Mais Éric ne se limite pas aux trajets domicile-travail : il fait des balades en forêt au printemps et en été avec sa famille et, plus impressionnant encore, il est allé jusqu’à la zone commerciale de Saint-Maximin faire ses courses avec ses enfants ! Un exploit, car faire du vélo dans cette zone est une catastrophe. Le rond-point du Verbois n’a aucun aménagement, il faut redoubler de vigilance, et une fois sur place, c’est encore pire : « Même pour stationner son vélo, c’est compliqué, le comble ! » Avec les enfants, il roule sur les trottoirs, faute de mieux, mais ce n’est pas une solution satisfaisante.
Ses enfants pédalent dans ses traces : pour aller au tennis, à 2 km de la maison, ils prennent leur vélo. Dans le village, peu privilégient ce mode de transport. Surtout que l’école n’est qu’à 5 min. à pied.
Le vélotaf, c’est aussi un moment de décompression
En 25 minutes, il peut écouter un podcast et faire la transition entre le boulot et la maison, alors qu’en voiture, il ne lui fallait que 15 minutes… mais sans le plaisir du vélo. À la maison, il y a toujours deux voitures, mais depuis deux ans, il se pose la question de vendre la seconde. « Le jour où elle tombe en panne, on verra… » dit-il en souriant.

Des améliorations dans les infrastructures
Éric a bien noté des améliorations dans les infrastructures, notamment avec la piste cyclable Chantilly-Lamorlaye, qu’il apprécie particulièrement. Pour autant, en ville, les aménagements restent peu lisibles : on ne sait pas toujours par où passer. De plus, il attend avec impatience une liaison cyclable avec Senlis.
« Si on avait plus de pistes cyclables, on aurait plus de personnes à vélo ! », affirme-t-il.
En tant qu’automobiliste une autre perception
Changement notable depuis qu’il roule à vélo : sa perception en tant qu’automobiliste. « Je fais plus attention aux cyclistes maintenant ! » Une prise de conscience qui montre bien l’intérêt d’une meilleure cohabitation entre les usagers de la route. En attendant, selon Éric, la priorité absolue pour développer la pratique du vélo, c’est d’améliorer les infrastructures. Les pistes cyclables séparées sont indispensables pour garantir la sécurité. Un bel exemple sur l’Avenue Joffre où Éric craint les portières qui s’ouvrent car la bande cyclable est étroite, et en plus elle ne va pas jusqu’au bout !
L’infrastructure est la clé. Membre de VélOOise, il aimerait pouvoir s’investir davantage dans l’association, mais manque de temps. Il soutient tout de même la cause en étant adhérent, et aussi en agissant localement : l’an dernier, il a accompagné la sortie à vélo des élèves dans le cadre du Savoir Rouler À Vélo (SRAV) jusqu’aux étangs de Commelles. Une belle expérience qu’il espère voir se renouveler !
Éric nous montre que le vélotaf est non seulement possible, mais aussi agréable. Il reste des obstacles, mais avec des aménagements adaptés, beaucoup d’autres pourraient suivre son exemple. Alors, à quand plus de pistes pour que le choix du vélo devienne une évidence ?
Cet article est paru dans la Bicycl’Oise n° 24
