

Le Comité Interministériel de la Sécurité Routière s’est réuni le 17 juillet dernier. L’accidentologie routière est revenue à son niveau de 2013 (ce qui n’est pas une très bonne nouvelle), avec 3267 morts en 2022 et 1368 pour les 6 premiers mois de 2023.
En 2013, 19 % des tués concernaient les usagers modes doux (marche, vélos, EDPm), en 2022, cette part s’élève désormais à 24 %. (A noter que la pratique des modes doux a fortement augmenté depuis le COVID, ndlr). Enfin, il est important de le rappeler, les hommes représentent 84 % des personnes présumées responsables d’accidents mortels en 2022.
Pour répondre aux évolutions de l’accidentologie le comité a proposé 38 mesures dont 15 concernent les cyclistes, nous vous les détaillons avec les commentaires de la FUB.
MESURE 1 : INCLURE UN MODULE VÉLO DANS LE CONTINUUM ÉDUCATIF AU COLLÈGE
Afin d’accompagner de façon sécurisée l’essor de cette pratique dans ces classes d’âge, mettre en place un module de formation vélo au collège, pendant le temps scolaire, avec l’ajout d’un module spécifique vélo lors du passage de l’ASSR 1 en 5ème
La FUB sera vigilante à ce que le module proposé fasse la part belle à un enseignement pratique, en conditions réelles de circulation, menant à une réelle autonomie des collégiens.
MESURE 2 : CRÉER UN PRÉCODE DE LA ROUTE
Les jeunes passent le permis de plus en plus tard (23 ans en moyenne), voire ne souhaitent pas le passer. Aussi le gouvernement souhaite par cette mesure renforcer les actions d’éducation routière en milieu scolaire qui préparent au passage de l’ASSR 2 pour donner des solides connaissances de base des règles de circulation. Le seuil d’admission à l’ASSR 2 passe de 10 à 14 le nombre de bonnes réponses à obtenir, afin d’en faire un Précode de la route
MESURE 3 : UN PERMIS DE QUALITÉ, FLUIDIFIÉ ET MOINS CHER
Pour améliorer la qualité de la formation du permis B, et notamment faire prendre conscience aux futurs automobilistes des enjeux des interactions avec les cyclistes, la FUB a proposé qu’un module de formation obligatoire au vélo soit intégré dans la formation des moniteurs d’auto-école. S’intégrant dans les réflexions en cours sur le permis de conduire, cette proposition constitue une première étape au renforcement de l’apprentissage de la cohabitation entre usagers de la route dans le cadre du permis de conduire. Cette proposition s’appuie notamment sur le travail mené par l’Association Droit au Vélo, membre de la FUB, en lien avec la préfecture du Nord et la métropole européenne de la Lille à destination des auto- écoles afin de mieux éduquer aux enjeux de sécurité routière vus depuis le guidon d’un vélo.
La FUB regrette que cette proposition – facile à intégrer à tout moment – n’ait pas été instruite par le Gouvernement.
MESURE 4 : CRÉER UN PARCOURS D’E-FORMATION À LA MOBILITÉ TOUT AU LONG DE LA VIE
Le code de la route évolue et bien souvent les titulaires du permis de conduire n’en sont pas informés, on le constate pour les double sens cyclables, la possibilité pour un conducteur d’automobile de chevaucher une ligne blanche pour dépasser un cycliste …
Le gouvernement propose de mettre à disposition de tous les usagers, gratuitement, des modules de e-formation sur le site de la Sécurité routière.
Sans gratification et un accès au numérique qui n’est pas toujours partagé par tous, on doute que cette mesure soit véritablement efficace.
MESURE 10 : CRÉER UNE QUALIFICATION D’HOMICIDE ROUTIER
Jusqu’ici un homicide routier était qualifié homicide involontaire. En dépit de l’existence d’une infraction spéciale, les victimes ou les familles de victime sont heurtées que soit retenue la qualification « d’involontaire » pour des faits d’une gravité certaine, notamment lorsque l’auteur était sous l’empire d’un état alcoolique et/ou sous l’emprise de stupéfiants.
MESURE 11 : INFORMER LES USAGERS ET LES ÉLUS SUR LES NOUVELLES MOBILITÉS
Conduire des campagnes de communication pour mieux faire connaître aux usagers de ces nouvelles mobilités les règles et conseils pour sécuriser leurs déplacements et garantir un meilleur partage de la route.
Partager des éléments d’information aux élus, dirigeants d’autorités organisatrices des mobilités, aménageurs, communes et départements, afin qu’ils soient informés, connaissent les bonnes pratiques d’aménagement de voirie et se fassent le relais de cette sensibilisation sur les mobilités douces
MESURE 12 : EXPÉRIMENTER LE TOURNE-À-GAUCHE INDIRECT POUR LES CYCLISTES ET CONDUCTEURS D’ENGINS DE DÉPLACEMENT PERSONNEL MOTORISÉS (EDPM)

Un dessin tiré de la vidéo « Je roule à vélo en sécurité » explique cette manoeuvre d’évitement du flux de circulation pour tourner à gauche. Si cette mesure apporte de la sécurité, elle est toutefois plus longue pour le cycliste qui subit deux séquences de feux rouges.
La FUB demande aux autorités compétentes la plus grande prudence concernant cette mesure.
En effet, le code de la route permet déjà ce type de tourne-à-gauche (article R415-4, IV, du code de la route) et son emploi est délicat. Par ailleurs, la FUB est attachée à ce que ce type d’aménagement (dont le domaine d’emploi est limité aux carrefours à voies multiples où tourner à gauche est difficile à certaines heures) demeurent facultatifs pour les cyclistes, le mouvement direct restant souvent le plus efficace.
MESURE 13 : ORGANISER UNE CONCERTATION AUTOUR DES RÈGLES DE CIRCULATION DES VÉLOS-CARGOS
Engager une concertation avec les acteurs du vélo-cargo et des représentants des usagers et de collectivités locales dans le but d’élaborer un cadre adapté à la circulation de ces engins et à la protection de leurs usagers.
Introduire des règles spécifiques de circulation et de stationnement au code de la route en fonction des résultats de cette concertation
La FUB suivra avec ses partenaires les travaux proposés, en rappelant la nécessité de concevoir des infrastructures cyclables adaptées aux vélos cargos, et que ces normes ne freinent pas le développement de ces vélos qui sont une alternative à la voiture pour les familles et également les professionnels, notamment dans le cadre de la cyclo-logistique et dans le contexte des controverses autour des ZFE.
MESURE 14 : RENDRE OBLIGATOIRE LE 30 KM/H EN VILLE DANS LES RUES SANS TROTTOIR

Rendre obligatoire une vitesse maximale autorisée de 30km/h dans les rues ne disposant pas de trottoirs ou disposant de trottoirs ne répondant pas aux exigences réglementaires.
Cette mesure est impactante pour nos territoires ou bien souvent les trottoirs sont inexistants ou accueillent du stationnement voiture.
La FUB propose de plutôt généraliser le 30 km/h en ville, par inversion entre norme et exception. Ainsi, le 50 km/h deviendrait l’exception, réservée à des voies principales dotées de trottoirs et de pistes cyclables à haut niveau de service.
Par ailleurs, la FUB milite pour des démarches globales, plutôt que rue par rue, avec la notion de plan de circulation. En effet, la simple pose d’un panneau de limitation à 30 km/h ne suffit pas à baisser les vitesses réellement pratiquées, ni à garantir des dépassements respectant les règles du code de la route, notamment la distance latérale à observer lors d’un dépassement. Ainsi, il convient d’agir pour limiter également le trafic avec une organisation de la circulation dans la logique « mon quartier n’est pas un raccourci ». Par ailleurs, selon toutes les études, l’impérieuse nécessité de décarboner la mobilité ne pourra se faire qu’en réduisant le trafic motorisé individuel, l’électrification seule ne suffisant pas.
MESURE 17 : PRÉCISER LE CONTEXTE D’EMPLOI DES CHAUSSÉES À VOIE CENTRALE BANALISÉE
Les chaussées à voie centrales banalisées, aussi appelées « chaucidou » sont de plus en plus couramment employées en France, notamment sur des routes peu fréquentées, hors agglomération.
La FUB sera vigilante à être bien associée à ces travaux afin d’assurer un niveau de sécurité de ces aménagements adapté aux besoins tant des cyclistes actuels que des futurs cyclistes, aujourd’hui empêchés par la qualité insuffisante des infrastructures cyclables. Ce type d’aménagement n’étant pas vécu comme étant le plus sécurisant, il doit en effet être réservé aux configurations réellement pertinentes, afin que son usage ne soit pas un prétexte pour ne pas réaliser de véritables infrastructures, notamment des pistes cyclables sécurisées séparées du trafic.
MESURE 19 : PARTAGER DES CONNAISSANCES AVEC LES ÉLUS SUR L’ACCIDENTALITÉ DES RÉSEAUX
La FUB et son réseau constatent que certains élus ou techniciens manquent d’information ou parfois s’appuient sur des préjugés qu’ils ont sur la typologie des accidents, en se basant principalement sur leur vécu personnel et ce qu’ils jugent être « le bon sens ». La mesure proposée est donc très fortement soutenue par la FUB, favorable aux politiques publiques basées sur la science et sur les faits.
MESURE 20 : RENFORCER LE SOUTIEN AUX ASSOCIATIONS POUR LES MOBILISER AU PLUS PRÈS DES TERRITOIRES

La FUB et son réseau de plus de 500 associations, déployé sur l’ensemble du territoire national et en outre- mer, vont continuer à sensibiliser et accompagner quotidiennement les usagers des routes ou des rues à adopter des comportements vertueux pour la sécurité des cyclistes. La FUB apportera son concours et son expertise sur l’élaboration du cahier des charges de l’appel à projet national (AAP). A noter que l’AU5V bénéficie du soutient du PDASR (plans départementaux de sécurité routière) notamment pour l’achat d’équipements de visibilités utilisés en novembre pour les opérations «Cyclistes Brillez».
MESURE 25 : ASSOUPLIR LES SANCTIONS ADMINISTRATIVES DES PETITS EXCÈS DE VITESSE
C’est un peu la contre mesure de l’ensemble des ces mesures, le message transmis est «qu’un petit excès de vitesse ce n’est pas très grave», pourtant il peut avoir des conséquences dramatiques.
Si la FUB privilégie l’enseignement, la pédagogie et la sensibilisation, et ne considère pas que le tout- répressif est efficace en matière de sécurité routière, elle s’inquiète néanmoins, comme l’ensemble des membres du CNSR, du message que pourrait entendre les automobilistes derrière cette mesure. Ainsi, la FUB rappelle que même un excès de 10 km/h change considérablement la distance totale d’arrêt en cas de freinage d’urgence, et donc aggrave les accidents corporels impliquant des usagers vulnérables. Voire fait passer un « presque accident » en accident corporel avéré.
Pour aller plus loin, vous pouvez consulter le dossier de presse du gouvernement et le communiqué de presse de la FUB.
